Des Abstractions - Les Jardiniers
Bienvenue
Les Jardiniers est un lieu culturel hybride installé dans les anciens ateliers municipaux de Montrouge. Il accueille expositions, cantine écoresponsable et événements ouverts à tous·tes : concerts, ateliers, conférences, résidences. Ce lieu vivant explore les liens entre création, écologie et société. Sa restauration engagée met à l’honneur des produits locaux et de saison. Pensé comme un espace en mouvement, il invite à flâner, apprendre, partager et inventer ensemble.

Des Abstractions

Exposition
17.06.2026 — 2.08.2026
Vernissage
mer. 17.06.2026, 17h - 23h
Avec
Juliette Barthe
Diane Benoît du Rey
Tom Chatenet
Francois Maurin
Aurore Pallet
Nils Vandevenne
Slava Vorontsov
Commissariat
Henri van Melle
Adrien van Melle Nehama

Des Abstractions

L’abstraction a longtemps été une affaire de pensée. Elle s’est construite à coups de manifestes, de théories, de ruptures revendiquées — comme si peindre sans figure exigeait d’abord de s’en justifier. Les artistes réunis ici appartiennent à une génération formée après les manifestes, pour qui l’abstraction n’est plus une conquête mais un terrain. Ils n’ont plus à la défendre : elle leur est donnée. Ce qui leur reste, c’est de l’arpenter. Et tous l’abordent par le geste avant de l’aborder par la pensée.

Le geste, ici, n’est pas une signature expressive. C’est une méthode de travail, presque artisanale, dont l’image — ou son absence — est la conséquence plutôt que le projet. Nils Vandevenne creuse, ponce, découpe : sur le bois, le formica ou la résine, ses formes apparaissent autant par soustraction que par ajout, et la peinture y devient un corps qu’on travaille à l’outil. Diane Benoît du Rey procède à l’inverse, par accumulation : des bases chromatiques presque fluorescentes, recouvertes de couches de plus en plus fines, jusqu’à ce que la toile semble émettre sa propre lumière. Juliette Barthe scanne, imprime, répète une même empreinte jusqu’au seuil de son effacement ; ses surfaces quasi monochromes, entre miroir et écran, ne se livrent qu’au déplacement du regard et au changement de la lumière. Aurore Pallet sérigraphie à l’huile, sur des toiles translucides, des fragments d’images glanées dans des brocantes ou sur internet : on croit d’abord voir une peinture abstraite, puis quelque chose remonte à la surface, comme un souvenir qui revient sans prévenir.

Chez d’autres, l’abstraction s’obtient par évidement. Tom Chatenet peint des chaises — un motif on ne peut plus concret — mais les vide de toute présence humaine, jusqu’à ce que la tension entre les pleins et les vides l’emporte sur l’objet lui-même : une figuration si distillée qu’elle bascule. François Maurin, seul sculpteur de l’exposition mais le plus peintre des sculpteurs, fabrique des objets hybrides, entre sculpture peinte et peinture sculptée, où des aplats francs côtoient des surfaces de résine qui captent et renvoient un reflet du réel. Slava Vorontsov, enfin, vient du graffiti : chez lui le geste précède littéralement l’atelier. Formé dans la rue, contraint à l’exil, il porte sur de grands formats des sujets — la guerre, le sacré — que la matière picturale absorbe et déborde.

Aucun de ces artistes ne part d’un concept à illustrer. Tous partent d’un faire — poncer, superposer, imprimer, évider, assembler — et acceptent que l’image se décide en cours de route. Chez eux, l’image n’est pas un projet mais une conséquence du faire. C’est peut-être ce qui rend leurs œuvres si exigeantes pour qui les regarde : elles ne délivrent rien d’emblée, elles produisent des conditions d’apparition. Il faut du temps, un déplacement, une attention — ce regard lent que les écrans nous ont presque fait perdre. Ces peintures résistent à la photographie ; elles ne se donnent qu’en présence.

D’où le pluriel du titre. Il n’y a pas ici d’école, pas de programme commun, pas de manifeste — précisément. Il y a des abstractions : autant de manières de faire que de mains, réunies le temps d’une exposition pour rappeler que l’abstraction, avant d’être une idée, est d’abord un travail.

Adrien van Melle Nehama